OLUFF.
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juil 22

           L’enjeu est de taille : que dois-je écrire pour accroitre les pages de mon blog ?Quel sujet intéresserait-il  les lecteurs de CCV ?Je ne suis pas habitué à écrire sur la demande ou sous une contrainte émanant d’ailleurs. Je suis à cours d’idées.  Je dois donc sadiquement éroder ma mémoire pour exiger une matière à transcrire sur le papier. Elle ne réagit pas. Pas même une phrase. Rien. Je me résolus donc à retracer ce que j’ai fait hier matin .Elle s’exécute .Quelle excuse invoquerait –elle ? Elle doit garder toutes fraiches les pérégrinations du jour écoulé…

      « Souvent, j’aime à marcher dans la ville sans avoir une destination précise en tête .Je déambule dans les rues et les avenues de Rabat empruntant un itinéraire presque le même à chaque sortie. Hier aussi j’ai réalisé le même trajet à pieds et seul. C’est dire que j’ai là les deux ingrédients d’une randonnée pédestre  savante …Je commence par le quartier Hassan que je fréquentais encore gamin. Impossible de passer par ce lieu sans remarquer l’imposant monument datant du XII siècle, la Tour Hassan, un endroit chargé d’histoire et de patrimoine marocain…

      A quelques minutes de la Tour, je débouche sur l’église de la ville. Edifice qui ne cesse d’exercer sur moi un certain attrait. Au-delà de la charge spirituelle qui s’y dégage, je le conçois  comme révélateur d’une histoire, d’un passé et des personnes. Cette sensation s’accentue à la vue de l’évêché jouxtant l’église. Malheureusement, les autorités françaises l’ont converti en Institut Français, chargé de faire rallier les infidèles  à la langue française.

     Quand la bouffée spirituelle s’est  dissipée, je me trouve  à l’Avenue  MV. Le spirituel et le matériel se côtoient, au moins dans ma randonnée. Je continue de marcher imperceptiblement dans cette forêt de gens oisifs qui, comme moi, errent sans but précis…

     Enfin j’arrive à  la librairie aux livres séduisants. Je commence par le rituel de révérences  qui consiste à scruter les titres des livres présentés dans la vitrine. Je ne peux pas m’en empêcher. Chaque livre possède une empreinte propre à lui , une certaine identité visuelle que je prends le soin d’analyser. Vient à mon esprit alors la manie que j’avais  à sentir les livres, tout enfant .Et je me dis . Quelles odeurs pouvaient-ils dégager? Aurais-je su détecter le contenu rien qu’à travers l’odeur ?. Aurais-je pu humer un certain militantisme ardu dans le livre de Voltaire ?Un romantisme fleurissant dans celui de Stendhal ? Assurément non. Cette réponse m’invite à entrer et à déguster à loisir les livres rangés dans les rayons…

  

    Je sors, un livre à la main et me dirige vers la médina. Là, commencent les sensations olfactives. Des odeurs de tout genre taquinent mon nez, les bonnes et les mauvaises… Au bout de ces dédales de ruelles bondées  de gens je débouche sur le fleuve Bouregreg, témoin d’une histoire de vingt siècles de la ville de Salé. Vient à mon esprit le livre de Robert Chastel, dans lequel il retrace la magnifique histoire des corsaires de Salé. Comme pour les imiter, je pris place dans une barque pour traverser le fleuve.Le voyage me gratifie d’une très belle vue et d’une très belle sensation…Au milieu de fleuve sonne mon portable. Déconnexion avec la rêverie. Je hais les portables… »

juil 09

Comment ça va sur CCV ?
- Ca va ça va, ça va bien.
Et les petits bo……. sont prospères ?
- Mon Dieu ! oh que oui.

Et l’ambiance ?
- Superbe.

Et la musique ?
- Ca danse.

Et les rooms ?
- Ca se remplie.

Et les amis ?
- Ca se trouve.

Et votre âme ?
- Elle a rajeuni
depuis qu’elle est sur CCV.

juil 06

L’acrostiche est un poème dont les inintiales de chaque vers composent un mot. Les poèmes que vous lirez forment des pseudos de personnes de ccv.

                        ——————————————————–

Belle ainsi que la

Lueur du jour,

Elle rayonne sur

Son trône.

Seule, telle

Une

Reine et une

Eblouissante créature.

                                         ———————————————–

Au

Sortir de chez

Toi ,Oluf, tu as

Rencontré une

Etoile.

                                ————————————————-

Lorine

orine

rine

ine

ne

e.

                                  ————————————————

Je suis

Ebloui par 

Sa gentillesse et son

Amabilité.

                                   ———————————————-

Mohand

Ohand

Moh

Oh!Boulet!

                               —————————————————

Moi

Aime les

Doux

Yeux de …….

                        ————————————————————-

Elle

Te ressemble

O chère

Idole! Tu es

La lueur du jour

Exquise.

                           ———————————————————

Il chante avec

Zèle un hymne

A l’honneur

De  sa bien aimée,

Idole

De tout le monde

O beauté.

                         ——————————————————-

Puis-je t’offrir

Une fleur?

Puis-je t’offrir

Un coeur

Comme le mien

Et comme le tien?

                              ————————————————————-

juil 05

Je me suis attelé, depuis peu, à examiner le mot boulet et à en trouver une définition appropriée .J’avoue que google ne m’était pas d’un grand secours :le mot étant un pur produit du jargon du chatt .Il s’en suit que je devais en forger une qui sous-tendrait le mot ; d’où la définition suivante , boulet :personne virtuelle inconnue dans un chatt, usant d’un langage  ironique, agressif, contestataire ou amoureux.Quatre catégories se dégagent de cette tentative de définition.Commençant par la dernière catégorie, celle qui prévaut dans le site et qui rend le chatt difficile à nos charmantes dames .le boulet amoureux  se reconnaît à son discours direct, franc, cru vis-à-vis des femmes, utilisant un langage dénué de toute stratégie d’approche .La plupart du temps ils n’ont pas de cam et opèrent a partir d’un cybercafé. Ce dernier indice permet de supposer qu’il seraient des adolescents en quête de s…se…see.. sensations chaudes. Ca y est je bègue encore. Le boulet agressif, lui ,est présent par effraction ,sans aucune envie de coopérer .Il ne salue pas et ne répond pas aux salutations ;mais il saisit volontiers la première occasion qui se présente pour agresser verbalement ses interlocuteurs. J‘ai remarqué que ce genre de  boulet a quand même le courage de se montrer en cam ;j’en déduis que c’est une catégorie qui pourrait s’intégrer au réseau du chatt.Il m’est arrivé de constater que après  s’être montré arrogant auparavant, le jour suivant la personne s’excuse et adhère au site. Malheureusement, ce n’est toujours pas le cas.Vient le boulet contestataire. Il est de nature rebelle vis-à-vis de l’autorité des verts et rouges .Ce sont la plupart du temps des personnes insoumises à un ordre établi. Leur conception de la liberté dépasse toutes les limites. Non – satisfaits, ils quittent le chatt sans agressions verbales.Enfin, la catégorie du boulet ironique se croit plus malin ; parfait connaisseur des règles mais fait semblant de les ignorer, donne l’impression de la parfaite maitrise de ses moyens …Celui-là affiche fièrement la cam et n’hésite pas à forcer la communication bilatérale, croyant tout permis. La soumission est son mot d’ordre pour peu qu’il puisse faire montre de ses capacités, savoir-être et son savoir-faire. ..Evidemment, il existe d’autres catégories, entre autre une catégorie que je pourrais qualifier de boulet malgré lui. Il s’agit d’une personne novice ayant trouvé le chatt par pur hasard et qui se croit tout fonctionner sans règles. Il est en réalité un faux-boulet que nous prenons pour un vrai. N’oublions pas les boulets repentis qui font le charme de ce site et dont je tairai les pseudos ,ils se reconnaîtront.  

juil 04

 Les devinettes ci-dessus ont été formées à partir des pseudos de certaines personnes qui fréquentent CCV. A vous donc de trouver ces pseudos .

1  

Mon premier est une note de musique

Mon second est un article

Mon troisième est le verbe rire au présent 2e personne du singulier

Qui sui-je ?

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2

Mon premier et mon tout est une étoile

Qui suis-je ?

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3Mon premier est une mesure de temps Mon second est un pronom personnel 1p du singulierMon tout attire un jeune  boulet

Qui suis-je ?

—————————————————————————————————————————— 4

Mon premier est un pronom relatif

Mon second est la deuxième lettre de l’alphabet

Mon troisième sert à poser une question

Mon tout possède une cabane

Qui suis-je ?

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5

Mon premier est un adjectif possessif

Mon second est le verbe dire au présent 3e personne du singulier

Mon tout est une écrase- boulets

Qui suis-je ?

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6

Mon premier est après le do

Mon second est l’action de voler

Mon troisième est un insecte pour pêcheurs

Qui suis-je ?

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7

Mon premier est  lune en anglais

Mon second est un pronom relatif

Qui suis-je ?

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8

Mon premier est l’adjectif petit sans ‘pe’

Mon second est un adresse en informatique

Mon tout est patron

Qui suis-je ?

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9

Mon premier est un fruit qui se défend bien

Mon second est un article indéfini au pluriel

Mon troisième est sans le sou

Mon tout est homme de loi

Qui suis-je ?

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10

Mon premier est l’effet d’un appareil

Mon second est un insecte

Mon tout est habite la cabane de quebecois mdr

Qui suis-je ?

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11

Mon premier est une femme

Mon second est un synonyme d’argent

Mon tout est l’ami d’une future grenouille

Qui suis-je ?

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12

Mon premier est nécessaire à la vie

Mon second est recherché par les pécheurs

Mon tout un boulet repenti

Qui sui-je ?

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13

Mon premier est froid et dur

Mon second est un type familier

Mon tout est vert

Qui suis-je ?

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14

Mon premier est la base de toute vie

Mon second est participe passé de rire

Mon troisième est un élément de négation

Qui suis-je ?

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15

Mon premier est contraire de grande

Mon second est embellit mon jardin

Mon tout est une rose

Qui suis-je ?

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16

Mon premier est un cri de surprise

Mon deuxième est le participe passé du verbe lire au passé composé

Mon troisième est la 6 e lettre de l’alphabet

Qui suis-je ?

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17

 Mon premier est 3 ,14 autrement

Mon deuxième il n’atteint pas sa cible

mon tout est monsieur histoire de melting potes

Qui suis-je ?

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18

Mon premier est synonyme de direction

Mon deuxième est garçon en anglais

Mon tout bleu

Qui suis-je ?

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19

Mon premier est une préposition

Mon deuxième est un parc pour animaux

Mon tout est un musicien autodidacte

Qui suis-je ?

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20

Mon premier est une pâtisserie

Mon deuxième est bien en anglais

Mon tout est le barbu du site

Qui suis-je ?

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21

Mon premier est un diminutif de prénom féminin

Mon deuxième verbe dire au present 3 personne

Mon tout est une as du micro

Qui suis-je ?

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22

Mon premier est ‘petite’ sans ‘Pe’

Mon second est un produit de volaille

Mon tout est vert

Qui suis-je ?

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23

Mon premier les italiens en raffolent

Mon second est le participe passé de rire

Mon troisième est un bureau des investigations

Qui suis-je ?

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24

Mon premier est un nom d’animal

Mon second est la 4 e lettre de l’alphabet

Mon troisième se rapporte à un lac en écosse

Qui suis-je ?

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25

Mon premier est un animal domestique

Mon second est un pronom personnel féminin

Mon tout est une adorable jeune fille

Qui suis-je ?

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26

Mon premier est le participe passé de pouvoir

Mon second est un insecte

Qui suis-je ?

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27

Mon premier est le participe passé de mettre

Mon second est synonyme de mot

Qui suis-je ?

juil 04

Meltinois,meltinoises!

Voici venue l’envie d’écrire et de produire à loisir ce qui passe, germe et confine dans ma minuscule tête de con…con…’conteur’.Pardon , je bègue.

Vous lirez sur les pages de ce blog-note des impressions et des idées de toutes les couleurs que je transpose en textes plus ou moins lisibles.

Bonne lecture!

juil 04

   Quand l’envie de produire quelque littérature s’empare de moi, je me trouve en peine de pouvoir trouver le gîte à mes pensées rebelles. Force est de constater que la blancheur vierge de la feuille avorte toute tentative de fixer par écrit les scènes de la vie. Cependant, cet état de blocage ne dure pas longtemps ; il se dissipe rapidement et le stylo auparavant stérile, se mue en une profusion discursive étonnante. Je me mets diligemment à l’exercice de retracer une période qui m’est chère. A cet égard, je me rappelle ces dimanches où, cloué aux comptoirs de la boulangerie gérée par mon père. Je subissais une injustice paternelle qui me vouait au labeur. Ma fureur était intense et se manifestait sous forme d’injures exprimées silencieusement. Résigné, j’affichais une mine morose et lugubre. Je devais être ailleurs, en train de botter le ballon avec mes amis ou encore d’aller à la plage un jour d’une étouffante canicule. Non, rien de cela ! Mon père croyait que le travail est indispensable pour parer aux déboires que pourrait entraîner une mauvaise fréquentation. Pourquoi encourrait-il le risque de me voir dans la débauche ? Il était convaincu que le travail rend l’homme responsable vis-à-vis des exigences de la destinée.
Loin de moi l’idée de faire le procès de l’injustice paternelle, au contraire, je crois plus que jamais qu’elle me fut d’une grande aide ; d’ailleurs mes goûts et mon penchant pour la langue française se sont forgés à partir de cette période.
Mon rôle dans la boulangerie consistait à remplacer un ouvrier en repos le dimanche ; je vendais le pain et autres produits qu’on trouve habituellement dans une boulangerie. Cette tâche me mettait en contact avec des gens de toute sorte, les bons, les mauvais et les truands. J’étais devenu connaisseur dans l’espèce humaine, car je pouvais distinguer facilement à quel genre appartient tout nouveau venu dans la boulangerie. Quant aux clients habituels, je me dispensais de les dévisager et de me faire des supputations à leurs propos ; je les connaissais si bien qu’ils constituaient un simple détail monotone parmi d’autres.
Un dimanche, alors que je finissais de servir un client, un monsieur s’avança et me demanda un croissant et une baguette. Sa requête fut d’une manière on ne peut gentille. Il y’avait dans cet homme une espèce de sacralité que je n’ai pas pu expliquer que des années plus tard, à cause de sa façon de parler et de se tenir, en attendant d’être servi par les ouvriers. Tout spécialiste de l’espèce humaine que j’étais, je ne pouvais guère élucider le mystère qui entoure ce monsieur . Je servais cet homme chaque dimanche ; il se vêtait souvent d’une fine djellaba grise froissée, une cigarette à la bouche que circonscrit une fine barbiche noire. Ses yeux régulièrement mi-clos à cause de la fumée qui se dégageait de la cigarette. Je demeurai fasciné par cette personne dont je ne connaissais rien, mais dont l’allure et une certaine étrangeté m’attirait à lui. C’est dans cet esprit de curiosité candide que j’appris, par un ouvrier, que le monsieur en question était professeur à l’université de Rabat, qu’il se nommait Kilto et qu’il écrivait des livres en français. Partant, l’estime que je portais à ce monsieur doubla et m’accula à lire et à découvrir la littérature française ; car je croyais incontestablement que la langue qu’il employait dans ses écrits était à l’origine de son comportement pacifiste et résigné. Je pense alors à mes maîtresses d’école primaire qui ne nous battaient pas et se comportaient avec nous comme avec des adultes, alors que leurs collègues de langue arabe nous mettaient à rude épreuve. Kilito m’intriguait par son allure, par sa nature d’homme distrait et pensif, on dirait un chantre mélancolique qui sillonne les rues nonchalamment.
Quelques années plus tard, je m’inscrivis au département de langue et de Littérature françaises de la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat. Je découvris enfin Kilito l’enseignant et l’écrivain et j’eus, par la même occasion, des réponses à tant de questions qui restèrent en suspens pendants des années.

juil 04

( Ce texte retrace un épisode de ma vie ; il est donc dépourvu de toute fiction.)

 La mémoire relève parfois de la rébellion. On a recourt à elle, en contre partie de l’oubli ; c’est ainsi qu’elle s’apparente à la dénonciation de certains agissements. Elle fonctionne souvent, sous la plume d’un auteur aguerri, en guise de suite logique d’un mécanisme intellectuel qui, une fois déclenché, fait resurgir incessamment les événements antérieurs. Je pense à tous les auteurs maghrébins dont les œuvres littéraires sont le fruit d’une mémoire, la plupart du temps meurtrie par le passé. Et c’est en cela qu’elle relève de la rébellion et de la contestation. Mon entreprise donc s’inscrit dans ce cadre là.

Au cours d’un exercice mnémonique habituel, armé de mon stylo à encre et affichant un air digne des grands auteurs, je finis par trouver la voie de l’inspiration, après maintes ratures. J’écrivis enfin quelques lignes ou ce qui me semblaient en être. Le sujet qui fuse des confins de ma mémoire a trait à la lecture. C’est d’ailleurs un sujet qui me tient toujours à cœur. Je me souviens, à ce propos, que cette dernière était mon passe temps de prédilection, à tel point que l’on ne me voyait presque jamais sans un livre à la main. Je vouais une passion inégalable à la langue de Molière, si bien que j’aurais préféré être né français pour pouvoir la parler naturellement. Je garde encore à l’esprit cette manie que j’avais, tout petit, de flairer les livres et de les serrer dans mes bras, comme s’ils pouvaient me donner le souffle créateur ou comme pour me renseigner sur les auteurs dont ils constituent un support magique. Mon amour exclusif pour les livres d’expression française était né de l’estime que je portais à mes instituteurs de français. Ils incarnaient pour moi, l’ordre, le savoir, la gentillesse, et la diplomatie. Autant mon amour pour la langue française grandissait, autant ma haine pour la langue d’Al jahiz s’accentuait et prenait une forme de récusation avérée. Ce fut la conséquence naturelle des sévisses corporels que nous subissions, mes camarades et moi, de la part des instituteurs arabophones. En cours d’arabe, la diplomatie faisait place à la ‘répression’ et à la violence. La moindre faute était prétexte à une sanction disproportionnelle et exorbitante. En contre partie à cette brutalité non justifiée, mes lectures en français compensaient celles en arabe, réduites à quelques unes imposées par les programmes d’enseignement.

Le fil conducteur de ma mémoire s’arrêta à certains moments moroses. Elle évoqua les instituteurs responsables des tortures infligés à toute une génération, entre autres, Monsieur Meliani et Monsieur Zaki. Le premier, svelte et ferme ; le second gros, rond et costaud. Je vous avoue que je ne garde aucune rancune vis-à-vis de mes « tortionnaires ». Tenez, l’autre jour, à Rabat, je me trouve, par pur hasard, nez à nez avec M. Meliani, vingt-huit ans après. Toujours alerte, le teint hâlé hiver comme été, le temps ne semble guère l’affecter. Je m’approchai de lui et me présentai souriant. Il me serra la main, me contempla un moment et me demanda ce que je devenais. Quand il apprit que je suis devenu enseignant / tortionnaire comme lui, il me serra la main une deuxième fois, sans que le sourire, inhabituel, le quitta. Impressionné par son gabarit, je me dis qu’il est toujours bon pour l’exercice de ses fonctions de persécuteur. Nous évoquions alors nos peines et nos joies dans l’école Saint Sidi Ben Acher et chacun s’était confié à Dieu pour demander le châtiment de son oppresseur : lui de nous, nous de lui. Cette rencontre fut une sorte de réconciliation, d’aveux mutuels, à l’image de celle que nous avons connue ces derniers jours. Nous aussi, élèves de l’école Saint Sidi Ben Acher, avions connu les années de plomb. Mon « tortionnaire », qui est devenu directeur d’école primaire, me salua et fendit dans la foule, à l’instar des vrais bourreaux des années de plomb qui courent toujours sans châtiment.

Nul doute que vous croyez que j’use de parabole en comparant ma situation à celle des séquestrés des années noires. Certes, il y a une différence nette. Cependant, quels qualificatifs donneront-nous aux actes commis par ces instituteurs sur des enfants de bas âges, sous prétexte de leur inculquer le savoir ?

Les tortures étaient multiples et variées. En fait cela dépendait du maître qui les pratiquait. M. Meliani était plus boxeur, alors que M. Zaki était plutôt catcheur. Vous pouvez imaginer le sort d’un enfant entre les mains de l’un deux. M. Meliani affectionnait la sempiternelle falaqa des fqihs. La prétendue victime introduisait ses pieds dans le pupitre, et on les attachait avec une ceinture prêtée, à contre ceux, par un élève. En suite, assis à la même table, un traître tirait de toutes ses forces pour empêcher l’élève de se débattre. Tuyau à la main, et avec un sadisme effrayant, celui qui a failli être prophète se délectait à rosser de coups les pieds nus de l’ange. M. Zaki, lui, adorait les punitions propres aux prisonniers de guerre. Sa technique ne laisse pas de traces, elle consistait en ce qui suit : accroupis, l’un près de l’autre, à quelques centimètres du mur, nous devions attraper nos oreilles, en passant les mains, d’un côté comme de l’autre, sous les jambes. Une position très difficile. De temps à autre, car cela durait parfois plus de deux heures, le maître s’assurait que ses ordres sont exécutés. Les manquants aux directives se voyaient arrachés du sol pour atterrir quelques centimètres plus loin, par un violent coup de pied. Et quand le maître daigne lever la sanction, nous regagnions nos places en titubant, pétris de douleurs et mouillés de sueur, sous les rires sarcastiques du persécuteur et de certains élèves privilégiés. Un jour, après avoir subi ce supplice, et non content de son aboutissement, M. Zaki m’ôta du sol par une arrachée propre aux haltérophiles, me hissa haut et me laissa chuter le long de sa taille. Le choc fut terrible. Le jour suivant, les élèves retraçaient la mésaventure d’une autre victime. Cette fois-ci, elle fut féminine. Une pauvre fillette fut tellement frappée par M.Zaki sur les fesses qu’elle pissa dans ses vêtements.

Dans cette école, chaque instituteur est assimilé à une pratique punitive : M. Benaboud, la courroie de motocyclette, M. Mechouat, coups de compas sur les bouts des ongles, le matin de préférence. Quant à M.X, dont je ne me rappelle pas le nom, il aimait à tirer les mamelles des élèves, garçons et filles. Tous mes camarades croyaient difficilement que ces punitions étaient la seule conséquence de leur paresse, d’autant plus que nous n’étions pas des élèves difficiles. Combien même nous l’aurions été, rien ne justifiait ces méthodes drastiques.

Hélas, voilà où ma mémoire débridée me mena. J’aurais préféré taire cet épisode de ma vie, mais je trouve judicieux de exprimer haut et fort ce que bon nombre de gens pense tout bas. N’est-ce pas la mémoire est rebelle ? D’ailleurs, c’est une
réalité que j’ai vécue. Messieurs les instituteurs, sans rancune.